Playlist

6 clés d’écoute autour de « TROIS CONTES » par Jean-Luc Plouvier, directeur artistique d’Ictus

  
1

« Je dirais même moins » 

Effacer, éloigner, passer la gomme : ce sont les gestes élémentaires du style de Gérard Pesson. Écoutons Nebenstück, une Ballade de Brahms ré-écrite par Pesson : les techniques instrumentales très particulières demandées aux interprètes — comme passer l’archet sur le bois du violon, par exemple — génèrent tout un univers parallèle de sonorités amorties, fragiles et fuyantes. Il en résulte une familière étrangeté : l’œuvre du passé n’a rien perdu de sa beauté, elle n’y a perdu que sa gloire, en y gagnant l’aura fabuleuse des objets perdus et retrouvés. La Ballade nous revient dans le présent comme « un objet tombé à la mer », dit le compositeur, que le temps aurait « peu à peu oxydé », et que la mémoire aurait réussi à reconstituer de justesse. Une musique de « traces ». 

 
AUDIO : Gérard Pesson, Nebenstück  (extrait), Ensemble Recherche

 


_______________________

 


2

L’esprit de contradiction

Mais, à ce propos... Si se souvenir, c’est recréer ; si l’art de la citation est aussi un art de la transfiguration... Pourquoi n’écouterions-nous pas le maître de la musique française, Claude Debussy, qui nous donne à entendre une chanson populaire, « Nous n’irons plus au bois », toute trempée par son passage dans certains Jardins sous la pluie ? Il y a déjà du Pesson là-dedans. Ou il y a du Debussy dans Pesson. Car n’oublions pas que Le Diable dans le Beffroi — le dernier acte des Trois Contes — fut d’abord un opéra inachevé de Claude Debussy, qui en écrivait ceci : « Je voudrais détruire cette idée que le diable est l’esprit du mal. II est plus simplement l’esprit de contradiction. »

 
AUDIO : Claude Debussy,  Jardins sous la pluie (extrait), Aldo Ciccolini 

 


_______________________

 

  

3

Maurice !

Arrivés à ce point, le pessonien fanatique (car il y en a, bien plus qu’on ne croit) nous rétorque : « Mais voyons, pas Debussy ! Le vrai maître, c’est Ravel ! » 

Ravel ? La virtuosité, l’humour sec et bienveillant, la machinerie des jouets, les animaux qui parlent, l’Orient des contes de fées. 

« Si l’on postule qu’un compositeur n’est jamais né sous X, et s’il doit se déclarer un père, alors pour moi Maurice Ravel serait ce père », déclare Pesson, qui ajoute aussitôt : « ... bien qu’il soit tout sauf la figure du père — un frère plutôt — frêle, mystérieux, pudique et grinçant. » Ecoutons quelques mesures de la pièce pour orchestre Ravel à son âme, un hommage fraternel, donc, de Gérard à Maurice.

 
AUDIO : Gérard Pesson, Ravel à son âme (extrait), Basque National Orchestra / Stefan Asbury

 


_______________________

 


4

Le geste et la danse

 «  ... Restaurer sans cesse l’idée que la musique, comme la danse, existent par le geste et la respiration », note-t-il. Le geste et le souffle sont assurément, selon Gérard Pesson, les deux nervures essentielles du musical. Souvent rythmique et crépitante, sa musique abonde de petites danses essoufflées et fantômatiques, « qui courent littéralement comme des fourmis dans les jambes de la musique », comme il l’écrit encore.  Ecoutons l’une de ses œuvres récentes, Carmagnole, la plus proche sans doute du style adopté dans les Trois Contes.

 
AUDIO : Gérard Pesson, Carmagnole (extrait), Ensemble Cairn / Guillaume Bourgogne 

 


_______________________

 


5

Au bal des semblants

Dans La Double Coquette, créée en 2014, Gérard Pesson écrivait 24 « additions » (sic) à un opéra du XVIIIe siècle, La Coquette trompée d’Antoine Dauvergne. Excellente occasion d’entendre la soprano Maïlys de Villoutreys — à l’affiche des Trois Contes — participant ici au Vaudeville qui ferme l’opéra, un trio délicatement baroque et parfaitement queer : «  L’identité n’est qu’un décor / Il faut en affranchir nos corps / On est bien bête / Si l’on s’arrête /  À cet air qui nous donne un genre ». 

 
AUDIO : Gérard Pesson, Vaudeville extrait de La Double Coquette, Ensemble Amirillis

 

 

 _______________________

 


6

Interprète : Marc Mauillon

À la même affiche, c’est avec bonheur que nous accueillons Marc Mauillon, qui tient le rôle du Roi. Nous aurions pu vous faire entendre ses relectures de Guillaume de Machaut, mais avons plutôt choisi les premières mesures du Combattimento di Tancredi e Clorinda de Monteverdi, dans la version du Poème Harmonique, où sa voix verte et droite assure le rôle principal, celui du Narrateur (Il Testo).

 
AUDIO : Claudio Monteverdi, Combattimento Di Tancredi E Clorinda (extrait), Le Poème Harmonique / Vincent Dumestre

 


//////////////

Playlist - Première Loge - Opéra de Lille Playlist - Première Loge - Opéra de Lille /premiere-loge/trois-contes/playlist_trois-contes/ /premiere-loge/fichier/s_rubrique/268/logo_loge_grand.png.png